LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON

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J’aime l’univers des fables de la fontaine! Et j’aime m’y ressourcer. Mon père m’y a initiée dès mon plus jeune âge et je lui en sais gré.

« les fables t’aideront toujours à déceler et comprendre toutes les maladies de l’âme, celles des autres et les tiennes également » disait il .

Et il n’avait pas tort . J’aime revenir aux fables dans tous mes moments de tourmente ou l’être humain, ses actes et les fondements de ses actes semblent pour moi une énigme.. et à chaque fois, le miracle s’opère. Tout devient clair et limpide tel l’aptitude de Jean de la fontaine à décrire la vie. J’aime donc les fables de la fontaine d’abord parce qu’elles sont d’une lecture assez simple malgré la langue du 17ème siècle. Ensuite, parce qu’elles mettent souvent en scène des animaux et parce que leur morales semblent claires et proverbiales.

Même si les fables de la fontaine sont souvent considérées comme une oeuvre d’enfant, elles sont une oeuvre de vie où La fontaine déploie son expérience et sa faculté à cerner les maux des hommes de son époque, maux qui sont toujours d’actualité.

Je prends donc le risque de vous emmener aujourd’hui avec moi dans l’univers des fables pour vous faire découvrir ou redécouvrir l’une de mes fables préférées: LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON. Elle est peu connue d’où tout mon intérêt pour elle.

LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON. Le paon se plaignait à Junon:

Déesse, disait-il, ce n’est pas sans raison que je me plains, que je murmure: le chant dont vous m’avez fait don déplaît à toute la Nature: au lieu qu’un Rossignol, chétive créature, forme des sons aussi doux qu’éclatants ; Est lui seul l’honneur du Printemps.

Junon répondit en colère : Oiseau jaloux, et qui devrais te taire, Est-ce à toi d’envier la voix du Rossignol ? Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies, Qui te panades, qui déploies une si riche queue, et qui semble à nos yeux, la boutique d’un Lapidaire ? Est-il quelque oiseau sous les Cieux Plus que toi capable de plaire ?

Tout animal n’a pas toutes propriétés ; Nous vous avons donné diverses qualités. Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le Faucon est léger, l’Aigle plein de courage ; Le Corbeau sert pour le présage ; La Corneille avertit des malheurs à venir ; Tous sont contents de leur ramage. Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir, Je t’ôterai ton plumage.

Dans cette fable, La fontaine met en scène le paon qui vint auprès de Junon ( femme de Jupiter qui est lui-même créateur de toutes choses selon La fontaine) supportant avec indignation qu’elle ne lui ait pas donné la voix du Rossignol. Il disait que ce dernier était admirable pour toutes les oreilles qui l’ écoutaient alors que lui-même paon, était bafoué dès qu’il émettait le son de sa voix. Intéressant!!!

En effet vous a t-il été déjà donné d’entendre le chant du paon?

Savez vous comment on le nomme? Eh bien quand le paon chante on dit qu’il braille…et on dit aussi de quelqu’un qui chante mal qu’il braille. Sourire.

Le paon aurait donc tout à fait raison de se plaindre d’un si mauvais attribut. Mais ce que le paon oubliait et que vient lui rappeler Junon avec colère était qu’il l’emportait sur le rossignol par sa grandeur et sa magnificence. Il l’emportait de bien loin par l’éclat émeraude qui brille à son cou avec ses multiples plumes teintées et sa queue semblable à une joaillerie qu’il déploie pour étaler sa beauté.

Mais tout ça le paon l’avait oublié se comparant à l’hirondelle . D’ailleurs, qui aurait l’idée de comparer le paon à l’hirondelle si ce n’est le paon lui même?

Le monde est rempli de gens qui ne sont pas plus sages. Combien parmi nous ne s’infligent t-ils pas les mêmes souffrances inutiles que le paon, se concentrant sur les dons et les qualités de leur semblables pour non seulement les envier mais également les désirer. Combien sommes nous à dédaigner les dons dont le créateur nous a fait grâce au profit de ceux des autres?

Nous hommes sommes toujours prompts à nous plaindre de ce que nous n’avons pas ou de ce que nous n’arrivons pas à obtenir devenant aveugles au sujet de ce que nous possédons déjà et qui se voit pourtant à l’œil nu.

Conficus disait que « l’envie est comme un grain de sable dans l’œil » .

Ce grain de sable nous aveugle totalement et cet aveuglément peut durer toute une vie et peut par la même occasion la ruiner. C’est ainsi que l’on voit des personnes qui passent toute leur vie à poursuivre les rêves qui ne sont pas faits pour eux..et qui s’échinent à n’en plus finir là où d’autres réussissent facilement. J’en prends pour exemple banal tous ceux qui aspirent à être chanteurs parce qu’ils ont vu tel ou tel autre réussir dans la chanson. Je crois fermement que quand on a un don, il faut travailler sans relâche pour l’améliorer et le parfaire mais déjà faut il qu’il y est du potentiel et malheureusement le potentiel pour la chanson n’a pas été donnée à tous…malheureusement ou heureusement..

De toutes façons les uns l’ont depuis leur naissance…d ‘autres le développent plus tard et certains jamais. Ceux là ont d’autres potentiels cachés peut-être ou encore ignorés. Le danger d’envier les attributs des autres ne se trouve pas uniquement dans l’ignorance ou dans la non valorisation de ses propres attributs…parfois même l’envie de posséder la même chose que les autres nous pousse à ruiner leur vie et à ce jeu on entend souvent dire que tous les coups sont permis. Mais s’ils sont tous permis tous les coups ne sont certainement pas utiles et bien d’entre eux sont totalement inutiles car on se trompe de bataille. le combat,le vrai consiste à identifier le ou les dons dont le créateur nous a fait grâce et à employer toutes les stratégies et moyens pour les valoriser afin de resplendir à notre façon.

Dans tout cela me direz-vous, quelle est donc la  » morale de cette Fable de Jean de La fontaine  » ?

Je vous invite à relire ce passage de la fable. La morale y est explicite: « Tout animal n’a pas toutes propriétés ; Nous vous avons donné diverses qualités, Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le Faucon est léger, l’Aigle plein de courage ; Le Corbeau sert pour le présage ; La Corneille avertit des malheurs à venir ; Tous sont contents de leur ramage. Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir, Je t’ôterai ton plumage. » La fontaine

N’ambitionne donc pas ce qui ne te fut pas accordé de peur que ton envie trompeuse ne te fasse tomber dans le total dénuement car dans ce monde, rien n’est parfait : il faut savoir s’accepter comme on est. Le paon est superbe, sa voix est vilaine. .. La rose aussi a des épines… Cesse donc de te plaindre, ou bien pour te punir…….Je t’ôterai ton plumage.