La vie c’est les saisons!
On ne le dira jamais assez!

J’ai la chance depuis quelques temps de parcourir le pays. Moi qui ne voyageait que rarement à l’intérieur du Bénin, je fus amenée à faire régulièrement la distance Cotonou – Malanville en bus.

Et pour ceux qui ne se rendent pas compte du périple, cela vous fait un peu moins de 750 km à parcourir en environ 14 heures (durée habituelle des bus ) si tout se passe très bien. Cependant lorsqu’on arrive
à faire abstraction de la peur de rouler sur cette longue route à l’intérieur du pays presque impraticable par endroits, de la fatigue et des courbatures, chacune de ces traversées devient une explosion de sensations qui ramènent toujours à la même conclusion : le Bénin est un magnifique pays fait de magnifiques régions et paysages qui valent la peine d’être parcourues. Mais, laissons là le Bénin et ses charmes pour revenir à ce qui nous intéresse!

Lors de l’un de mes voyages alors que le conducteur du bus nous avait accordé  »une pause pipi » (excusez moi du peu…mais, c’est exactement le terme qu’ils emploient et je n’en trouve pas d’autres plus explicites). Lors d’une pause pipi donc, pendant que j’essayais de dégourdir mes jambes quelque chose avait attiré mon attention: un vieil arbre qui semblait mort

Je crois qu’il l’était effectivement mais il avait l’air majestueux même sans vie..Il était debout ,cependant il était démuni de toutes feuilles et ses branches avaient l’air toutes sèches. Son tronc gris était d’une grande envergure…bref l’arbre était impressionnant bien qu’il fût mort ou mourant.

Je me tenais immobile à l’observer un moment avec une admiration mêlée de tristesse imaginant que ce devait être de son vivant, un très bel arbre.
Et avant de remonter dans le bus, j’eus quand même le réflexe
d’inscrire une petite marque sur le tronc de l’arbre. En fait, je voulais inscrire un D (pour des raisons personnelles)mais le tronc étant trop rigide le D avait plus l’air d’un gribouillis qu’autre chose.
Je remontai dans le bus plutôt satisfaite de moi me prenant pour une aventurière hors pair qui laissait des traces de son passage.

Mon histoire se serait arrêtée là si quelques mois plus tard,je n’étais pas repassée par le même chemin. Etant donné que les arrêts de bus sont plus ou moins toujours aux mêmes endroits, j’eus la chance de retrouver mon fameux arbre mort…..

Sauf que cette fois ci il était plus VIVANT que jamais! Ses branches autrefois sèches avaient retrouvées une couleur joliment verdâtre et recouvertes de feuilles à n’en plus finir. Le spectacle était absolument époustouflant: l’arbre était juste majestueux; tout comme je l’avais imaginé…le plus beau de tous les arbres de la bordure de voie! Comme le disait Alain cordon, « si la forêt est l’univers privilégié du conte,le merveilleux est souvent le propre d’un seul arbre qui sort du lot » ; C’est bien vrai car celui-ci était resplendissant de vie. le halo formé par ses branches et leurs feuilles offrait une belle étendue d’ombre pour le repos.
Je me suis mise à sourire m’imaginant l’arbre sourire aussi. Une chose est sûre, même si il ne souriait pas, il « dégageait la vie »,il était bel et bien VIVANT!

Je fus rappelée à la réalité par les coups de klaxons du conducteur et je montai dans le bus sous le regard assassin de ce dernier, mais qu’importe…j’étais recouverte d’un halo magique qui ne tolérait aucune négativité ni agressivité.

Cet arbre m’avait communiquée un peu de vie en retrouvant la sienne et j’étais heureuse.
J’ai sorti mon calepin et j’ai noté: »l’arbre n’est pas mort ..il était juste en saison sèche.

La vie c’est les saisons et certaines saisons nous redonnent vie! »
Tout au long du trajet j’ai essayé de comprendre le processus..de l’arbre mort à l’arbre VIVANT..
Pendant que moi, je le pensais mort, il avait juste été frappé par la saison sèche qui l’avait effectivement desséché et laissé pour mort;
Pendant que j’imaginais qu’il ne vivrait plus jamais…,cet arbre était au contraire entrain de lutter avec acharnement pour sa vie au dedans de lui. Il se régénérait et multipliait certainement des actions internes qui lui ont finalement permis une fois la bonne saison venue de resplendir plus que jamais.

C’est ainsi qu’il arrive dans nos vies que nous vivions des saisons sèches pendant lesquelles rien ne pousse, ni ne fleurit..tout semble perdu..mort et même enterré…oui !! Nous tombons et pensons ne plus jamais nous relever peu importe les efforts que nous faisons pour nous en sortir. Nous nous enlisons chaque fois un peu plus dans la sécheresse. Nous avons beau crié à l’aide…cherché des remèdes, rien n’y fait.

Lors de pareils moments, certains commettent l’irréparable: ils perdent la foi… ils perdent espoir en la vie et baissent les bras oubliant que la vie c’est les saisons! Félix boagerts disait  » le coeur d’un homme sans foi est semblable à un ciel orageux où ne brille aucun soleil.

Mais contrairement au désespoir, « La foi se rit des preuves, puisque c’est sa nature de croire sans preuves et contre toutes preuves. » Henri-Frédéric Amiel . C’est pour cela que, tel l’arbre, nous devons nous battre pour notre survie, continuer à nous battre à l’intérieur de nous-même et multiplier les actions de vie…planter les graines ça et là tout en ayant la foi qu’un jour elles pousseront et fleuriront à la bonne saison..

Henri Frédéric Amiel déclare « plus la foi est aveugle et bornée, plus elle pousse à l’action  »

Seuls, loin des regards, avec ou sans les encouragements de nos paires, nous devons lutter pour maintenir la sève qui coule dans nos veines, – tel l’arbre au repos qui travaille au renouvellement de son être pour revivre à la saison prochaine- afin de germer et briller de toutes nos forces d’un plus bel ÉCLAT! Quand on voit tant de gens qui trouvent dans les livres, la force de ne plus croire et de vivre. On est effaré qu’ils ne retrouvent pas dans tant d’autres livres — et meilleurs — le courage de vivre dans la foi. Pierre Reverdy ; Le gant de crin (1927).

Gwladys AGBIDINOUKOUN