Chronique || Vivoument Mardi || Société

Info de la semaine : Assa Sica SDF

Agadja Michel KPODAN, voilà bien des prénoms et nom qui n’évoqueront pas grand-chose ou si peu au Béninois lambda. Et pourtant, ce sont à l’état civil ceux désignant l’une des icônes de l’histoire de la musique nationale : ASSA CICA. Je vous l’avais bien dit, que vous reconnaîtriez. S’il revient dans l’actualité et que cette chronique s’en émeut, ce n’est pas à titre honorifique mais pour des raisons bien plus triviales pour lui, et honteuses pour toute une société : ASSA CICA, vidéos au buzz rapide à l’appui, traîne dans les rues de Cotonou, désabusé, vivant au-petit-bonheur-la-chance et dormant, comble pour un poète, à la belle étoile, lui qui manifestement n’en aurait pas une bonne.

« La direction des ECHOS SONORES DU BENIN a le vif plaisir d’informer son aimable clientèle qu’elle a de nouveau ouvert ses portes après un bref séjour en Europe. Par la même occasion, elle présente à ses fidèles auditeurs le Volume I de sa jeune et talentueuse vedette à la voix de rossignol, ASSA CICA, l’homme sentimental qui très tôt, confronté aux multitudes problèmes de la nature, chante beaucoup l’amour et la vie. Écoutez et appréciez cette jeune vedette dans ses chansons », voilà cités tels quels les mots du directeur de la maison de disques Grataissy introduisant au beau milieu des années 1970 la sortie du vinyle « ASSA – CICA ET L’ORCHESTRE POLY RYTHMO », vinyle sur lequel il partage le lead avec un certain Eskill LOHENTO.

Il avait – comme je le soupçonne de l’avoir toujours – une voix de rossignol qui chantait la mélancolie, l’amour et la vie comme personne.
J’écris cette chronique sous perfusion sonore du classique « TINMANSALE » et je ne peux m’empêcher de penser que rarement, des prémonitions ont autant tenu à travers le temps. Aklassato Balipo qui traitait de la poétique de l’artiste dans ce titre a trouvé les mots qui me manquent aujourd’hui : « ASSA CICA est l’un de ces chanteurs dahoméens dont la voix douce et langoureuse traverse le temps de notre mémoire collective. Son voyage paisible se perpétue pour notre plus grand bonheur. L’une des œuvres marquantes qui lui vaut cette notoriété affective est « TINMANSALÉ », une complainte biographique à forte charge mélancolique, sur une orchestration légère centrée sur la guitare.
Le chanteur se déclare seul, orphelin précoce, (TIN-MANSALÉ), son père étant mort alors qu’il n’était qu’un gamin, son frère unique mourra peu de temps après, et enfin sa mère bien-aimée qui fermera le ban de cette fatalité funèbre. L’auteur met en cause la mort personnifiée (abadahué jesu) et son œuvre au noir implacable. Il apostrophe le destin (sè) et la froide inéluctabilité de ses desseins. C’est aussi une pensée qui se veut rétrospective sur ses sentiments filiaux. L’amour pour la mère bien-aimée, la souffrance de son départ que l’auteur dans une formule poignante compare à la perte de la couverture de nuit. »

Il n’est pas question ici de refaire la carrière et l’artisticité et/ou la poéticité de ASSA CICA. Je serais bien prétentieux.

Il est à recenser que :
• Nous avons un Bureau des Droits d’Auteurs qui, depuis ces quarante années au moins de diffusion assidue de l’artiste ici et ailleurs, peut opposer qu’il n’a collecté et ne collecte pas de redevances en son nom
• Nous avons des instances de gestion de la culture qui ne protègent pas la création et les créateurs par des lois
• Nous avons des associations et des fédérations d’arts et de culture festivalières et inexistantes sur le front de la vision et des combats pour réinventer la doxa de la vie d’artiste au Bénin.

La question qui est, en soi, une dramatique réponse à elle-même demeure : « A qui la faute ? »

Pas au citoyen, en tout cas. Car, pour l’instant, un citoyen a pris l’initiative personnelle, sur fonds propres d’écrire au Président de la République, à des ambassadeurs et à d’autres personnalités pour appeler au soutien à l’icône et a ouvert une cagnotte en ligne au profit de ASSA CICA à laquelle vous pouvez contribuer ici :
https://www.leetchi.com/c/cagnote-solidaire-save-assa-cica

Que la Transcendance – puisqu’il ne reste plus qu’elle à implorer – sauve les artistes oubliés de la mort qui, elle, n’oublie personne.
Aimez / Abonnez-vous à la page, partagez et surtout…

Vivoument mardi !

#Chronique #Bénin #Actualités #Société #VivoumentMardi #Vivou #Guézo#Jasmin #Ahossin #Wasexo #2019